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vendredi 7 juin 2013

Le prince d'été, d'Alaya Dawn Johnson

Résumé :

Sur la côte de ce que l’on appelait jadis le Brésil, ce sont les femmes qui dirigent la légendaire ville-pyramide de Palmares Três. La Reine ne cède le pouvoir à un homme qu’une fois tous les cinq ans, à un Roi d’été dont l’histoire enfiévrera la cité le temps d’une année.
Pour June Costa, la vie n’est qu’art. Ses œuvres impressionnent ses professeurs autant que ses camarades. Elle rêve de remporter le prestigieux Trophée de la Reine. Un rêve qu’elle n’avait jamais remis en question… jusqu’à ce qu’elle rencontre Enki.
Fraîchement élu Roi d’été, Enki est le garçon dont tout le monde parle. Mais lorsque June le regarde, elle voit bien au-delà de ses fascinants yeux d’ambre et de sa samba ravageuse : elle reconnaît en lui un artiste total.
Follement amoureuse, June décide alors de créer avec lui un chef-d'oeuvre qui restera gravé à jamais dans les mémoires.
Mais le temps leur est compté. Car, comme tous les Rois d'été qui l'ont précédé, Enki va devoir être sacrifié.

Collection R
431 pages ; 17.90€
Publié le 28 mars 2013

Il faut savoir que commencer Le prince d’été revient à entrer dans une pièce plongée dans le noir et à se laisser guider par l’auteur pour trouver son chemin… un chemin qu’elle ne va pas faciliter, bien au contraire. C’est un livre qui va au-delà du surprenant et qui n’est pas passé très loin du coup de cœur.

Palmares Três est une ville fictive, de forme pyramidale, qui a été bâtie selon des plans japonais là où se trouve actuellement le Brésil. Dans ce décor hautement évolué sur le plan technologique, le pouvoir revient aux femmes, c’est-à-dire à la Reine et aux Tantes qui la secondent, et la tradition veut que chaque année, un nouveau Roi accède au pouvoir avant d’être sacrifié. Une tradition que June ne remettait pas à en cause… jusqu’à l’élection d’Enki.

Aucun résumé ne peut rendre justice à cette histoire. Aucun. Que ce soit la présentation officielle, la quatrième de couverture, celui que je viens d’écrire ou ceux que vous trouverez sur d’autres blogs / sites. Alaya Dawn Johnson a réussi à me surprendre au-delà du possible et à proposer une histoire qu’il est impossible de décrire en un paragraphe. Rien ne se passe comme on l’imagine, l’auteur nous amène vraiment là où elle veut sans même que l’on se doute de ses intentions. Lire ce livre, c’est tâtonner dans l’obscurité la plus complète sans aucune certitude à laquelle se raccrocher. Et s’il y a quelque chose que j’apprécie énormément, c’est bien ça : avoir la sensation grisante d’avancer à l’aveuglette, aller vers l’inconnu, prendre des risques. C’est le genre d’histoire avec laquelle on accroche ou on n’accroche pas, mais qui, dans tous les cas, marque les esprits par sa singularité.

Les premières pages m’ont donné quelques difficultés pour visualiser le monde créé par l’auteur et me familiariser avec l’univers de Palmares Três… mais une fois qu’on prend ses repères, la lecture devient un véritable plaisir. L’univers créé par l’auteur déborde d’excentricités et peut se révéler aussi sombre que festif, mais il est dans tous les cas unique et véritablement déconcertant. L’intrigue sort réellement des sentiers battus et part parfois dans des directions inattendues qu’il est très intéressant de découvrir. L’auteur n’hésite pas à casser les codes du genre et à user de nombreux stratagèmes pour étonner ses lecteurs… et ça marche.

Les personnages font partie des éléments qui m’ont le plus surpris. Ils sont loin d’être ceux que je m’étais imaginé et ils ne sont pas vraiment de ceux auxquels on s’identifie… mais on s’y attache, d’une certaine façon. Ils m’ont parfois agacé, parfois laissé bouche bée et parfois beaucoup émue. Ils sont vraiment… particuliers, mas cette particularité n’est pas péjorative, et j’ai pris beaucoup de plaisir à les découvrir. Que ce soit Gil, le fidèle ami à la sensibilité touchante, Enki, le Roi d’été à l’esprit vindicatif, ou la famille de June, à laquelle je me suis attachée… sans oublier les autres personnages et surtout June elle-même, qui n’est pas exempte de défauts, mais  reste une héroïne qu’il est agréable de suivre.

La construction particulière du récit m’a également beaucoup plu. Celui-ci se compose en effet de quatre parties (consacrées à chaque saison) et non pas de chapitres, ce qui est une véritable arnaque… dans le sens où on ne s’arrête plus de lire ! La curiosité l’emporte largement sur la raison et on se retrouve à engloutir des dizaines et des dizaines de pages sans même pouvoir se servir l’excuse du « au prochain chapitre, j’arrête ». Surtout au début, vu que la fin est en quelques sortes plus lourde à lire… la politique y tenant une importance non négligeable. Ces passages m’ont paru un peu plus longs que les autres, mais restent quand même empreints d’originalité et d’ingéniosité.

Tout ça est déjà bien beau, mais le plus bel atout de ce roman réside – à mon avis – dans la place que tient l’Art dans ce texte. Et quand je parle d’Art, c’est dans son sens le plus pur, le plus beau. Décliné sous toutes ses formes, il fait partie de chaque personnage, de chaque lieu, de chaque mot de cet ouvrage. On le retrouve dans la danse, la peinture, la musique,… il est synonyme d’expression, de liberté, parfois même de transgression. Et les descriptions qui en découlent sont justes et vraiment touchantes. L’Art est à la base de tout et l’auteur n’aurait pas pu lui faire de plus bel hommage. J’ai juste trouvé dommage qu’il perdre un peu de son ampleur dans la deuxième moitié du livre, bien que certains moments lui restent entièrement consacrés… (et tant mieux !).

En résumé, vous l’avez compris, j’ai vraiment adoré ma lecture. Le prince d’été est un roman exotique et déroutant qui déborde de surprises et qui a été au-delà de mes attentes en comparaison bien fades. Comme je l’ai dit, je ne suis pas passée loin du coup de cœur. Donc un conseil : laissez-vous tenter ! Il vaut sincèrement le coup :)

Mention spéciale pour la couverture, qui est à la fois superbe et parfaitement représentatrice de l'histoire !